Fiction n°1

Une petite série imaginative qui débute, parce que parfois, j’aime bien rêver à ce qui aurait pu se faire ; ou ce qui pourrait un jour ; ou juste parce que c’est drôle ; ou … Bref. J’aime les histoire.

C’est jour de Ruche aujourd’hui ; le jour où je quitte plus tôt mes habits de bibliothèque, ou je prends un peu d’air en venant chercher mes achats de la semaine. Elle s’agite la ruche, tous les producteurs rassemblés, tous les bénévoles enjoués, et nous tous, heureux de participer à ce système tout en se faisant plaisir avec de bons produits.

Je suis là, détendue avec mon panier bleu bientôt rempli ; un sourire presque flottant sur les lèvres. Et je la vois.

Je me fige, la reconnaissant immédiatement. Comment pouvoir oublier cette fois là ? Comment oublierais-je ces deux visages ? Cette fois pas si lointaine.  Cette fois où un homme se retenait de toutes ses forces de ne pas pleurer devant moi.

Cette fois où externe, j’ai dû annoncé seule un cancer.

J’hésite, un instant ; elle ne m’a pas vu, peut-être puis-je encore partir, m’enfuir serait plus juste, loin de cette culpabilité qui remonte d’un coup. Bien sûr j’ai essayé de faire le mieux possible, bien sûr je sais que ce cancer là n’est pas grave et sera très bien soigné, mais … Restent dans ma tête des j’aurais pu, j’aurais du, refuser, détailler plus, rassurer mieux. Comme si on pouvait refaire le passé.

J’esquisse un pas sur le côté. Et elle lève la tête.

*

*         *

La Ruche bourdonne autour de moi, sereine ou agitée selon les gens qui la compose. Je lève la tête pendant que Camille scrute les batavias, prévoyant déjà sa prochaine commande.

Et c’est là que je la vois ; elle m’a reconnue, je le sais à son regard. Elle est pâle, très pâle ; autant que ce jour haï où elle nous a annoncé le cancer de Georges. Où elle a cassé notre futur en dizaine d’éclats, tous plus tranchants les uns que les autres, d’un mot qu’elle n’osait pas prononcer.

Elle hésite, balance d’un pied à l’autre dans ses ballerines noires, puis semble se décider et s’approcher. Je me raidis ; Camille doit le sentir et se décide finalement à relever la tête, intriguée par cette jeune fille se dirigeant droit sur nous. Elle s’arrête, prends une inspiration.

« Je voulais vous dire que je suis désolée pour la dernière fois, la façon dont tout s’est passé ; j’espère que la suite se passera mieux. »

Elle hésite, encore, puis tourne les talons ; elle m’a laissé un temps, le choix de répondre ou non, je le sens. Camille me questionne intriguée. Ma réponse sort sans réfléchir.

« C’est qui ?

– Oh rien, la fille de la poste, j’ai eu des problèmes avec mon dernier colis et son patron. »

Je baisse la tête, pensées avivées, et me laisse happer par les batavias.

Les fictions, ça sert aussi à exorciser ; ceci n’est qu’une histoire inventée. 

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A propos asadoc

Jongleries d'une étudiante en médecine, un peu AS sur le bords...
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