Death and Life

La mort : ce n’est pas un sujet très joyeux pour un post ; pourtant, puisqu’on parlait des questions souvent posées, celle-là bien qu’étant assez morbide arrive en bonne position : « alors, tu as déjà vu des morts? ». Généralement la question des dissections n’est pas très loin non plus, mais on ne va pas tout mélanger.

D’un premier abord, c’est la question glauque par excellence, celle à laquelle on n’a qu’à moitié envie de répondre, et dont on se demande pourquoi son auteur à une telle curiosité morbide. Mais en fait, si on réfléchit un petit peu, très peu de gens ne sont pas curieux, et la mort est un sujet des plus fascinant : elle fait peur, elle parait toujours lointaine, et de temps en temps se rapproche, elle fascine aussi parfois. Bref, elle a un sacré pouvoir d’attraction, notamment dû à la non connaissance qu’on en a habituellement. Et qui de mieux qu’un soignant, au contact des gens approchant la mort, pour en parler à un curieux… (le premier qui me répond le croque mort du coin, je le mords.)

Et c’est vrai, en tant que soignant la mort on ne la voit pas aussi souvent qu’on l’imaginerait de l’extérieur, mais on la sent quand même pas mal planer autour de nous ; ce n’est pas pour rien que les hôpitaux sont les lieux les plus « dangereux », ceux où l’ont meurt le plus, c’est le lieu des personnes malades, des personnes en fin de vies, et donc de plus en plus le lieu de la fin de vie. Donc oui, la mort on connait assez vite.

Je me souviens de ma toute première fois, puisque pour chaque chose en médecine il y a une première fois, et plein d’autre toutes différentes ; c’était lors de mon tout premier stage, entre la P1 et la P2, toute première fois à l’hôpital, service des urgences. Toute première semaine, celle où on apprend les gestes d’aide soignant du mieux qu’on peut. Un patient super sympa, qui venait pour un malaise, souriant, blagueur, qui se préparait à repartir ; il a fait un arrêt cardiaque dans sa chambre dix minutes après notre passage. Toute première fois qu’on utilisait le chariot d’urgence devant moi.

Et toute première fois que la réanimation n’a pas réussie. Et histoire de bien enchaîner, toute première toilette mortuaire.

D’autres fois, il y en a eu, étudiante ou AS, en oncologie, en gériatrie, des toutes différentes. Oui, la mort fait bien partie de notre métier ou futur métier. Mais surtout, les vivants en font partie ; c’est eux que l’ont voit tous les jours, et c’est pour eux qu’on essaie d’éloigner la mort. Sans chercher l’immortalité, juste la repousser le plus loin possible, ou en tout cas ne pas la laisser venir brusquement, sans s’y attendre. C’est un peu ça un des buts de la médecine pour moi : prolonger la vie, mais sans effacer la mort. Juste réparer les accidents de parcours.

Alors, et la réponse à la question ? Oui, j’ai vu des morts. Mais j’ai surtout vu des personnes vivantes.

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A propos asadoc

Jongleries d'une étudiante en médecine, un peu AS sur le bords...
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Un commentaire pour Death and Life

  1. Doc junior dit :

    J’appréhende beaucoup cet instant fatidique où je serai confronté à la mort. Déjà que lors de mon stage infirmier entre la P1 et la P2 j’ai fait le maximum pour ne pas trop m’approcher des 2-3 patients que je savais en fin de vie. Pourtant et comme tu le dis, ça fait partie du métier. En plus ma confrontation avec la mort est aussi inévitable qu’elle l’est en elle même…

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